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C'était le sujet de l'émission de Benoît Lagane et Eric Vérat, "Séries Télé : l'Amérique en 24 épisodes", diffusée ce soir sur France Culture. A réécouter en podcast ci-dessous.
Voir le site de l'émission et la présentation de l'épisode n°21: Le contre-gouvernement ...The West Wing.
Le site de la série sur NBC, diffusée en France sous le titre "A la Maison Blanche", sur Série Club. Barack Obama et John McCain se rencontreront enfin le 16 août prochain, mais débattront d'un thème inattendu : leur foi. Les deux candidats ont répondu présent à l'invitation du télévangéliste Rick Warren. Ilovepolitics.info a rencontré à Lynchburg, en Virginie, un de ses amis, Jonathan Falwell. Le fils du pasteur Jerry Falwell a repris la direction de la Megachurch familiale. L'occasion de faire un point sur le vote évangélique et sonder la foi politique de ses fidèles.
L'attraction de la ville de Lynchburg en Virginie, c'est son église, Thomas Road Baptist Church. Mais ce n'est pas un clocher comme les autres. Il s'agit d'une megachurch. Parkings à perte de vue, nurserie pour garder les enfants pendants le service religieux, coin café équipé de wifi... L'église a pensé à tout. Lynchburg a une importante communauté coréenne. Qu'à cela ne tienne, Thomas Road propose un "Korean service". Avant la cérémonie de 11 heures, la plus importante du dimanche car elle est suivie par quelques 5 000 fidèles sur place, et plus du triple à la télévision, vous irez bien faire un tour sur les stands qui pavent l'auditorium. "Nous appelons cette artère Main Street" annonce fièrement Scott, mon hôte de la matinée. Personnellement, je l'aurai plutôt rebaptisée l'allée des marchands du temple. "Beaucoup de mères, croyantes ou non, viennent ici même en semaine pour mettre leurs enfants à la garderie et prendre un peu de temps pour elles. C'est bien plus sûr que les établissements en ville." Et bien moins cher qu'une babysitter. L'entrée est libre. A chaque fidèle de décider du montant de leurs dons quand arrive l'heure de la quête. "Thomas Church ne vit que de dons privés et des droits d'inscription à son université". Le campus de la Liberty University est d'ailleurs attenant à la Megachurch.
Scott est chargé de me faire rencontrer le nouveau maître des lieux, Jonathan Falwell. Le fils a pris la succession du père, Jerry Falwell, à sa mort en mai 2007. Jerry Falwell était une des figures de proue de la droite évangélique. Il partagait avec John Hagee ou Rod Parsley le goût des polémiques. Il avait entre autre défrayé la chronique en déclarant qu'un des personnages de l'émission pour enfant les Télétubbies était gay, ou en accusant les féministes, les athées, les pro avortement et les homosexuels d'être responsables du 11 septembre. "Vous allez voir, Pasteur Jonathan est un homme formidable. Il ne calque pas ses prêches sur ceux de son père. Il a sa propre liberté de ton." 42 ans, rousseur flamboyante, Pasteur Jonathan sort de scène. Il vient d'assurer le premier office de la matinée, un tour de chauffe pour le grand show de 11 heures. Son garde du corps me fait signe. Je peux passer au salon pour la dite interview. Madame Falwell mère est assise à côté de son fils. Elle n'a jamais manqué un dimanche au temps où son mari était chargé du prêche. Elle reste fidèle depuis à la tradition. Jonathan Falwell arbore un large sourire et répond aux questions avec un étonnant esprit de consensus. Déformation professionnelle j'imagine. Pendant les primaires, il soutenait son confrère, l'ancien pasteur Mike Huckabee. Aujourd'hui, il défend la candidature de John McCain. "John McCain est le meilleur candidat dans cette élection. Je le soutien à titre personnel et ferai de mon mieux pour qu'il accède à la Maison Blanche. Je ne peux pas inciter ouvertement mes fidèles à voter pour lui, mais je les encouragerai à faire leur devoir le jour de l'élection." Jonathan Falwell ne peut pas ouvertement parler de politique dans son église, pour un raison très prosaïque : s'il le faisait, il perdrait les avantages dont bénéficie son association à but non lucratif et serait aussitôt soumis à l'imposition. Quand on lui rappelle que John McCain s'en était violemment pris à son père en 2000 en le traitant "d'agent d'intolérance", Jonathan garde son calme. "Ses mots ont dépassé sa pensée. Tout cela, c'est du passé, et nous devons regarder vers l'avenir. On ne peut pas avoir de président parfait. Ronald Reagan lui-même n'était pas parfait. On ne peut pas non plus avoir de candidat parfait. John McCain ne l'est pas. Mais il n'est pas dans notre interêt de voir un démocrate, fusse-t-il Barack Obama, accéder à la Maison Blanche." Si le pasteur Jonathan reste consensuel en surface, ses fidèles le sont moins. Il n'y a qu'à sonder leur opinion à la sortie de l'office. Un couple d'une cinquantaine d'année arbore fièrement des t-shirts violets portant l'inscription "Evangelical forever". Demandez-leur qui est le meilleur candidat... Ils vous répondent su tac au tac : "Mike Huckabee!" "Je ne sais pas vraiment ce qui va se passer dans cette élection. Ce qui est sûr, c'est qu'aucun des finalistes ne me plait. Je pense que je vais m'abstenir de voter." déclare l'homme. Son épouse préfère voter pour un parti indépendant comme celui de Chuck Baldwin plutôt que de laisser perdre son vote. "Je ne veux pas voter pour John McCain. Et Barack Obama, a été musulman, vous savez..." Un autre couple du même âge leur fait face. L'homme reprend derrière elle, sur un ton péremptoire: "Je vais certainement pas voter pour ce traitre de McCain. Je préfère encore voir ce Noir, Obama, rentrer à la Maison Blanche pour tout y casser et laisser ce pays dans une situation tellement catastrophique qu'on pourra enfin avoir un candidat républicain digne de ce nom dans ce pays." Sa femme essaye de sauver la face: "Oui, enfin, il faut quand même voter pour John McCain, c'est tout de même lui qui a été choisi par les militants républicains." John McCain et Barack Obama seront ainsi en terrain hostile lors de leur débat du 16 août chez le télévangéliste californien Rick Warren. Qu'on se le dise. Cet été, Ilovepolitics.info sillonne les Etats-Unis, à la rencontre de ces Américains qui voteront (ou pas) en novembre prochain. Première étape de ce road trip électoral : San Diego, Californie. Une enclave républicaine en terre démocrate. Une ville à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique que certains protègent, envers et surtout contre tout. Leur nom : les Minutemen. Ilovepolitics.info a patrouillé pour vous avec ces pros de la lutte contre l'immigration illégale.
Jim Gilchrist, 59 ans, se sent investi d'une mission. Ce vétéran de la guerre du Vietnam, ex journaliste local et self-made-man à la retraite, a crée il y a aura quatre ans en octobre le Minutemen Project. Un nom hérité des premières milices coloniales qui défendaient âprement leur bout de terre pendant la guerre d'Indépendance américaine. Cette terre là, Jim y tient comme à la prunelle de ses yeux. Derrière ses jumelles qui scrutent la frontière américano-mexicaine, ce républicain convaincu croit au rêve américain. Précisément celui que les immigrants illégaux voudraient lui voler.
Si vous lui parlez de peur de l'étranger, il vous répond patriotisme. " Le patriotisme, c'est une chose culturelle ici. C'est la façon dont nous avons créé les Etats-Unis. Le premier amendement de la Constitution américaine défend notre droit à nous réunir de façon pacifique et à faire part de nos inquiétudes au gouvernement. C'est exactement ce que nous faisons avec le Minutemen Project. Pourquoi? Parce que nous sentons cette menace contre notre souveraineté, contre nos classes moyennes qui travaillent durement, contre nos enfants." La menace contre laquelle Jim a armé son groupe de patrouilleurs des frontières, c'est l'immigration illégale. "Les Minutemen ne sont pas personnellement contre l'immigration. Mais nous croyons à une immigration régulée, avec un nombre limité d'étrangers qui ont un talent ou une profession spécifique à apporter à l'Amérique. (...) Nous voulons pouvoir accueillir des gens civilisés qui contribueront à l'épanouissement de ce pays pour les 232 prochaines années à venir. Alors oui, ça veut dire que des millions de personnes ne pourront pas venir ici. Trois milliards de pauvres gens sur cette terre adoreraient venir aux Etats-Unis et profiter de notre système de santé et de nos écoles. Je leur dit non, vous ne pouvez pas venir chez nous." Minutemen un jour, Minutemen toujours Aujourd'hui, le gouvernement américain estime que 12 millions d'immigrés sans papiers vivent sur son territoire. Un chiffre que les Minutemen contestent, mais qui est en fait impossible à évaluer. " Environ 37 millions d'étrangers illégaux occupent ce pays. L'histoire des 12 millions, c'est un mantra gouvernemental. (...) Si nous laissons ces illégaux s'installer, ce ne sera plus le melting pot, mais un sac de marbre avec chaque pierre tapant sur l'autre pour imposer sa propre langue et sa propre culture. Et dans 100 ans nous ne serons plus les Etats-Unis d'Amérique mais les "Etats-Divisés" d'Amérique. Ici, dans le sud, nous serions " les Etats-Unis du Nouveau Mexique", le Midwest serait "les Etats-Unis des Pays Arabes" à cause de la concentration de musulmans vivant là, en Floride ce serait "le Nouveau Cuba". " Un nouvelle carte de géographie qu'ils comptent bien ne jamais devoir apprendre à leurs petits-enfants. Alors, pour toutes ces raisons, Jim et ses Minutemen patrouillent chaque jour ou presque le long de la frontière. Pas à San Diego près de Tijuana, mais plus loin, dans le désert. Quelque part entre Campo et Patriot Point, le bien nommé. Leur travail : ouvrir l'oeil et le bon, pour seconder les policiers fédéraux. Bret, un autre vétéran qui a perdu son oeil gauche au Vietnam, passe 4 jours sur 7 à sillonner ce causse, arme à la ceinture (pour sa propre protection insiste-t-il), seul avec son chien Buddy dans une camionnette aménagée en bunker. " Le Border Patrol ne peut pas être partout. Nous, nous savons où les étrangers passent, nous pouvons les observer, voir les mouvements de l'autre côté de la frontière. Quand j'en vois un, je donne immédiatement son signalement au Border Patrol. Leur check point est plus loin, dans les terres. Je les laisse aller jusque là-bas, comme ça, les officiers peuvent les attraper en territoire américain, et ont le droit de les renvoyer directement de l'autre côté. En 3 ans de patrouille, j'ai du aider à en renvoyer près de 1000. Et ça, j'en suis fier."
L'immigration illégale, un casus belli pour l'élection 2008
Le candidat des Minutemen n'est certainement pas John McCain. Pas plus que George W. Bush ne l'était en 2000 ou 2004. "John McCain est un traitre. Je ne sais pas comment les gens en Arizona peuvent encore voter pour lui. Quant à George W. Bush, c'est l'ami des Mexicains. Vous saviez que son petit frère, Jeb, est marié à une cousine du président mexicain Vincente Fox?" Non. Leur candidat serait un savant mix entre le pasteur d'Arkansas Mike Huckabee, l'anti-musulmans, anti-immigrés, anti-tout Tom Tancredo, qui avait remis l'immigration au centre du débat au début des primaires républicaines, et Ducan Hunter, le régional de l'étape. A leurs yeux, John McCain symbolise une sorte de grand Satan pro illégaux. Bien qu'ils le respectent pour son passé militaire, parce qu'il est vétéran du Vietnam comme eux, ils voient en lui celui par qui l'immigration illégale pourrait être régularisée. McCain a pourtant durci sa position sur le sujet, en prônant une sécurisation des frontières avant toute application de sa fameuse réforme bipartisane de l'immigration, défendue aux côtés de Ted Kennedy en 2005. Pas assez à pour eux. Quant à Obama, il n'a bien entendu pas plus de chance d'attirer leurs votes. Peut-être parce qu'ils pensent que l'élection est déjà jouée. "Je pense que Barack Obama sera à la Maison Blanche en novembre. Ce n'est pas une bonne nouvelle pour nous, mais s'en est une pour les illégaux. Obama veut dissoudre les Minutemen. Qu'il essaye." Alors, pour qui voteront-ils ? Probablement pour un Parti indépendant, comme celui de Bob Barr ou de Chuck Baldwin. Ou alors ils ne feront pas le déplacement jusqu'aux bureaux de vote. Une abstention qui pourrait faire du tort au Parti républicain. Et diviser un peu plus l'Amérique. |
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