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Par Barthélémy Courmont, chercheur à l'IRIS, en partenariat avec contre-feux.com. A deux mois de l’élection présidentielle américaine du 4 novembre, les stratégies des deux partis semblent radicalement opposées. Si les démocrates jouent l'unité et attaquent l'adversaire sur le programme, les Républicains misent tout sur leur candidat atypique.
D’un côté, les Démocrates ont profité de la convention de Denver pour mettre en avant l’unité du parti après la lutte fratricide des Primaires, et attaquer les Républicains sur les différences de programme, de projet, et de politique pour la future administration. Les cadres du parti de l’âne se sont dans le même temps gardés d’attaquer de front John McCain sur sa personne, et Barack Obama a même rendu hommage au passé de son adversaire, et loué ses mérites que nul ne saurait contester, applaudi par les 85.000 spectateurs de la convention. Le mot d’ordre est donc clair : attaquer McCain sur son programme, mais pas sur son profil.
Côté républicain, la convention de St-Paul a confirmé la tentation de mettre l’accent sur le profil de John McCain, quitte à laisser de côté l’opposition politique plus traditionnelle Républicains-Démocrates, et à considérer que le principal atout du Grand Old Party dans cette campagne est son candidat atypique. Un profil atypique et exemplaire La raison pour laquelle les Démocrates veulent éviter de centrer leurs attaques sur le profil de John McCain est simple : le sénateur de l’Arizona est l’une des personnalités les plus respectées aux Etats-Unis. Ses difficiles années d’incarcération au Vietnam en ont fait un héros, et son ascension politique consécutive à sa carrière militaire impose le respect. Les Démocrates ont compris qu’en attaquant McCain sur sa personne, ils s’attaquent à un mythe, et la stratégie du parti de l’âne est clairement d’épargner leur adversaire, et de concentrer les attaques sur le programme du parti républicain, et l’inexpérience de Sarah Palin. Reste la stratégie des 10%. Si John McCain est souvent dépeint comme un maverick, en marge de son parti, les Démocrates rappellent qu’il a voté dans 90% des cas avec son parti, et mettent en garde les électeurs de s’appuyer uniquement sur 10% de ses engagements pour espérer une rupture avec les années Bush. Les Démocrates relaient ainsi l’idée selon laquelle John McCain ne serait rien d’autre qu’un héritier de George W. Bush, malgré ses démentis. Eviter le vote de sanction Côté républicain, le principal défi consiste justement à ne pas afficher John McCain comme l’héritier des années Bush Côté républicain, le principal défi consiste justement à ne pas afficher John McCain comme l’héritier des années Bush. Après la débâcle des élections mi-mandat de novembre 2006, le Grand Old Party a compris que le label Républicain n’est pas le bienvenu dans cette campagne, après huit années de présidence républicaine dont le bilan est fortement contesté. Un vote de sanction reste possible, notamment dans une campagne où l’économie est omniprésente, et plutôt que d’afficher les valeurs conservatrices, le parti a tout intérêt à mettre en avant son candidat, et son profil atypique. C’est donc en misant sur un candidat peu représentatif du parti que les Républicains entendent remporter cette élection. On retrouve très nettement cette tendance dans les clips de campagne de McCain, ainsi qu’à l’occasion de la convention républicaine, qui fut plus un meeting de campagne du candidat qu’une réunion de délégués de parti. La stratégie du maverick est donc bien celle choisie par les Républicains. Les Républicains ont a cœur de présenter John McCain comme un commandant en chef, le leader dont l’Amérique a besoin pour relever les défis futurs, au-delà des clivages politiques. Sarah Palin est de son côté chargée de rappeler aux électeurs républicains que le candidat conservateur est John McCain. Ce qui permet au sénateur de l’Arizona de ne pas avoir à se montrer trop marqué sur ce terrain. McCain et Bush, si loin, si proche Reste la relation entre le candidat républicain et le président sortant, George W. Bush. Les deux hommes présentent des profils très différents, et furent même des adversaires coriaces lors des Primaires républicaines de 2000. Le sénateur de l’Arizona s’est par ailleurs souvent (pas assez pour les Démocrates, mais trop pour certains républicains) opposé à l’administration Bush au cours des huit dernières années. A tel point que lors des primaires républicaines, il était présenté comme le candidat du changement, face à des adversaires qui ne proposaient qu’une continuité. Mais McCain a besoin des électeurs de Bush s’il veut remporter l’élection, notamment pour rassembler des fonds de campagne. Et il ne peut dans le même temps se montrer trop proche du président sortant, au risque de voir son impopularité affecter sa campagne. Parce que quand Bush rappelle son soutien à McCain, ce dernier perd en général deux points dans les sondages ! pas étonnant dès lors de voir les stratèges du camp McCain (parmi lesquels figurent d’anciens proches de Bush) mettre en avant le profil atypique de leur candidat, en évitant tant que possible les allusions à l’administration sortante. Un pari risqué, mais qui constitue la meilleure chance de victoire, voire la seule, pour McCain. En partenariat avec contre-feux.com |
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